Quelques poèmes offerts par Jean

 

Le poème oublié

Je ne suis qu' un petit poème
Un très petit petit poème,
Tout juste fait pour être dit
Le soir devant quelques amis.

Pourtant on ne m'a pas caché
Que sur un beau papier couché
Je ferais meilleure impression…
Et j'ai cédé à la pression.

Dans mon désir d'être à la page
Quelque part dans un bel ouvrage.
Pour me trouver, faut la manière:
Lisez la table des matières.

Mais est-ce vraîment mon destin
D'être coincé dans un bouquin
Au fond d'une bibliothèque
Près de Tintin chez les Aztèques?

Entre Verlaine et Baudelaire
Je me demande de quoi j'ai l'air;
Moi qui adore la lumière
J'aimerais mieux prendre un bol d'air.

Je voudrais bien qu'on me délivre
Et que quelqu'un ouvre ce livre;
J'ai besoin de votre entremise.
Pour qu'on me lise et me relise…

J'ai voulu dire tant de choses:
Les fleurs, les bleuets, les roses,
L'amour, l'amitié, la tendresse,
L'espoir, les projets, la jeunesse.

Mais j'ai oublié d'autres thèmes:
Remerciements à ceux qui m'aiment,
Pardon à ceux que j'ai blessés
Ou tout simplement négligés,

Excuses pour les maladresses
Et les oublis de la vieillesse,
Le refus de tourner la page
Et le verbiage d'un autre âge.

Maintenant je vais retourner
Vers mon rayon pour m' y ranger
Et pour prendre quelque repos
En vous disant: " A très bientôt ? "…


Boulevard de la Meuse

S'accouder enfin au balcon de la vie
Respirer le temps qui passe
Tendre la main vers l'amitié
Redécouvrir la beauté des choses
Faire entrer chez soi des horizons lointains
Vivre les derniers instants du soleil qui se couche
Éprouver les joies des premières vacances
Caresser du regard un tableau oublié
Laisser couler les jours au fil de l'eau
Partir à la recherche du temps perdu

... Et surtout penser à toi.


Meuse

Ô belle Meuse,
Majestueuse,
Tantôt frondeuse,
Tantôt rêveuse,
Ou paresseuse,
Tu es ma Meuse,
Tu es ma muse,
Celle dont j'use
Et dont j'abuse
Mais qui m'amuse ...
Parfois je muse
Comme un vieux barde,
Je te regarde,
Je me hasarde
Près des rambardes
Et je m'attarde
Et je bavarde
Et je musarde
Et je Meusarde

Sur ton rivage.
J'oublie mon âge
Et ses ravages
Et je voyage
Sans nul bagage
Sur ton halage,
En étant sûr
Que tu susurres
En un murmure :
C'est beau les murs
Du vieux Namur.


Je voudrais être un arbre

Je viens de faire le tour du monde en solitaire
Pendant plus de cinq mois sans une escale à terre.
Si ce soir mon bateau enfin touche la rive,
Ne laisse pas aller mon cœur à la dérive.
Je sens monter en moi les odeurs de la terre
J'entends chanter le vent dans les branches faîtières
Et si tu n'es pas là, pour mieux te retrouver
Je me ferai herbage, arbuste ou bien forêt.

J'aimerais être un chêne
Ou simplement un frène,
Je veillerais sur toi
Tu t'appuierais sur moi.
Je serais peuplier
Pour regarder marcher
Près des canaux de Damme
La plus jolie des femmes.
Je me ferais roseau,
M'écartant au passage
Quand gagnant le rivage
Tu glisses au fil de l'eau.
Je me ferais rhodo
Rien que pour la couleur
Et aller tout de go
Fleurir ton intérieur.
Je serais marronnier
Mélèze ou cornouiller
Pour être près de toi
Lorsque tu vas au bois.
Être tilleul en fleurs,
Te donner mes senteurs
Et qu'à l'heure du thé
Tu boives à ma santé.

Je ne suis pas un arbre,
Je ne suis pas de marbre,
Mais mon amour est là,
Prêt à fleurir pour toi.


Cartes de vœux

Ils garnissent la cheminée
Et le dessus de la commode,
Les vœux gentils de bonne année
Sur cartes à l'ancienne mode;

Fidèles au grand rendez vous,
Ils s'offrent là à notre vue
Comme soldats au garde à vous
Pour être passés en revue:

Paysages tout enneigés
Sous un ciel toujours étoile,
Père Noël sur un traîneau
Débordant de jolis cadeaux,

Paillettes d'or, bouquet de fleurs,
Même un vieux clown aux yeux rieurs,
Photos de famille en couleurs
Sortant tout droit d'ordinateur.
(Sur les conseils du professeur)

Parfois banals à en pleurer,
Souvent charmants à en rêver,
Sincères et attendrissants,
Ces petits mots que l'on attend,

Ces petits mots partis du cœur,
Tous ces messages de bonheur
Pleins d'amitié ou pleins d'humour,
Je les relis jour après jour

Et les mettrai dans une boite
Comme autrefois mes grands parents
Pour être sûr finalement...
De ne jamais perdre la carte.


        Poèmes offerts par Jean Delahaut